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Bénévolat... état des lieux 2007

Publié le : 3 novembre 2007

Comme chaque année, en étroite collaboration avec France Bénévolat, le CerPhi publie « La France bénévole », une étude statistique et sociologique sur les tendances du bénévolat en France ... l’occasion pour nous de prolonger les réflexions sur le bénévolat.


Malgré le « boom » et la croissance régulière du secteur associatif observés ces dernières années, malgré l’enthousiasme ambiant qui accompagne ces « bons résultats », il ne faut pas interpréter trop hâtivement les chiffres présentés cette année 2007. Le CerPhi, et toutes les personnes qui ont collaboré au rapport annuel, relativisent ces performances par la nature complexe, protéiforme et parfois informelle de ce secteur. C’est dans cette logique de relativisme que les statisticiens ont travaillé avec un échantillon de sondés, large et complet, représentatif de la diversité associative.

Un chiffre peut en cacher un autre

L’exemple du nombre de bénévoles en France illustre parfaitement cette problématique. Le pays compte aujourd’hui entre 12 et 13 millions de bénévoles de plus de quinze ans. Si l’on considère le bénévolat des moins de 18 ans et des plus de 75 ans comme étant minime, ce chiffre est atténué de 10% et se situe donc plutôt entre 10,8 et 11,7 millions. De plus, les experts considèrent que 10% d’entre eux interviennent en dehors des réseaux associatifs, ce qui nous ramène à un total de bénévoles plus réaliste, compris entre 9,7 et 10,5 millions. La régularité et l’assiduité dans l’engagement tempèrent également ce total : 40% d’entre eux seulement, sont considérés comme réguliers, en consacrant, au minimum, deux heures hebdomadaires de leur temps à une association...un chiffre peut toujours être émoussé par un autre et ainsi de suite... L’adhésion à une association n’induit pas un engagement bénévole systématique, nous pourrions, de la même façon, diminuer encore le nombre de bénévoles en discernant la part des adhérents « consommateurs » des adhérents « actifs ».

Pourquoi parle t’on de « crise associative » ?

Depuis la fin de la décennie 90, nous assistons à une évolution divergente entre le rythme de création des associations et le nombre de bénévoles qui les accompagne. Nous sommes passés de 890 000 associations en 1999 à plus d’un million en 2004, une hausse de 20% en cinq ans contre 5% seulement chez les bénévoles. Sur cette même période, le temps consacré au bénévolat est passé de 716 000 temps pleins à 720 000, une progression du bénévolat dérisoire, aggravée par une mutation de l’engagement associatif : l’individualisme rattrape au galop les fondements moraux et collectifs du bénévolat. De plus en plus ponctuelles, les interventions bénévoles ne sont plus purement et simplement altruistes, elles deviennent opportunistes et intéressées, conséquence, sans doute subversive de la professionnalisation et de la valorisation associative. ( Lire art. « Je veux le bien ») Sur cinq bénévoles, quatre exercent une activité salariale et trois sont mariés avec au moins deux enfants. Sachant donc que le facteur légitime de « disponibilité » n’est pas directement mis en cause, le partage du bénévolat est encore plus atterrant : 92% du temps d’engagement est apporté par un tiers des bénévoles. A cela s’ajoute une autre contradiction : en matière de progrès social et dans ce contexte de carences bénévoles, les français attendent autant, si ce n’est plus des associations que des politiques, alors que les responsables associatifs estiment, en grande majorité, être délaissées par les pouvoirs publiques.

Dans les grandes lignes, l’état des lieux 2007...

Les répercussions de cette nouvelle forme d’engagement, erratique et volatile, sont plus ou moins importantes, selon la dimension humaine, le contexte géographique et le secteur d’activités des associations sondées. « La cause soutenue par votre association » et « le sentiment d’être utile à la société » reste tout de même les motivations principales d’engagement chez les dirigeants associatifs, plus marquées dans le domaine social, dans les grandes associations, chez les femmes ou les plus âgés. En revanche, les motivations personnelles sont prépondérantes chez les jeunes responsables, chez les responsables d’associations sportives ou de petites associations. La disponibilité des bénévoles, mieux adaptée aux associations des petites communes*, est beaucoup plus satisfaisante pour les associations sportives que pour les associations culturelles. Il est intéressant de souligner, que le degré de satisfaction concernant la régularité ou la mobilisation ponctuelle des bénévoles est analogue selon le secteur d’activités. Le sport est le domaine le plus comblé, viennent ensuite les loisirs et le social, la culture reste encore moyennement satisfaite. De manière générale, la régularité bénévole a chuté dans tous les domaines entre 2006 et 2007. En termes de recrutement, les positions sont inversées, les secteurs du sport et des loisirs, rencontrent aujourd’hui plus de difficultés à ce sujet que par le passé, difficultés amoindries au nord, accrues dans l’ouest. Le savoir-faire des bénévoles est, quant à lui, jugé comme étant largement adapté aux besoins des associations, et ce, quelque soit les activités pratiquées. Les compétences les plus recherchées, tout secteur confondu, concernent la gestion, la communication et le montage de projet, compétences logiquement moins convoitées par les grandes structures, grâce à leur contribution salariale. Trois responsables sur cinq considèrent l’apport budgétaire comme étant suffisant, tandis que les moyens humains, confondus avec les moyens financiers, sont insuffisants pour un dirigeant sur quatre, les ambitions associatives sont globalement et malgré tout maintenues. En matière de compétences, l’encadrement et la formation apparaissent comme étant des solutions nécessaires et prioritaires. La mise en place des formations, maîtrisée par les grandes structures, s’esquisse plus péniblement chez les petites et moyennes associations. L’irrégularité bénévole, l’engagement opportuniste, les changements de mentalités, la remise en cause des valeurs collectives au profit de l’individualisme, toutes ces problématiques actuelles liées à la crise du bénévolat, se font plus ressentir au sein des petites et des grandes associations, elles sont également amplifiées dans les zones fortement urbanisées.

Le bénévolat de compétences et le bénévolat en ligne comme solutions ?

Ces nouvelles formes de bénévolat ont vu le jour récemment, elles permettent d’enrayer partiellement les problèmes rencontrés et décrits précédemment. Plus développées dans le domaine de la solidarité, elles fédèrent des bénévoles de tous horizons autour de projets ponctuels ou permanents. Aucune contrainte imposée, les volontaires intégrés dans ces nouveaux réseaux associatifs, peuvent à leur guise proposer leur service, postuler et rejoindre des projets ; à l’inverse les gestionnaires de projets peuvent solliciter tel ou tel bénévole, en fonction de leur disponibilité et de leur profile. Souple et adapté aux problèmes d’indisponibilité, aux réticences vis-à-vis de l’engagement à longs termes, ces nouvelles formes d’engagement peuvent être à double tranchant. Elles valorisent, sur des compétences précises, l’engagement ponctuel, engagement nécessaire et indispensable, tout en développant l’engagement individuel au détriment de l’engagement moral collectif, de l’appréhension et de l’intégration du projet associatif.

Quelles autres solutions peuvent être apportées ?

La proportion de bénévoles « de sang », est considérable, ceci met en évidence une notion sociologique « d’héritage associatif familial », un héritage socioculturel bien plus répandu au Canada ou en Grande-Bretagne, pays dans lesquels la conscience bénévole est fortement ancrée. Cet état des lieux est donc le résultat de notre histoire, de nos orientations politiques et sociales, différentes des pays cités. Cet héritage est donc le résultat d’un processus lent et séculaire, l’intégration du bénévolat dans le cursus scolaire permettrait éventuellement d’entamer un nouveau processus... l’inclusion précoce de l’engagement bénévole dans le système éducatif participe également à cette culture du don de soi, tout en étant équivoque : mesure pédagogique ou embrigadement ?

*de 2.500 à 10.000 habitants

La France bénévole, Quatrième édition - mars 2007, Sous la direction de Jacques MALET

http://www.francebenevolat.org/

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