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Créer un média, construire l’Europe ! Compte rendu des European Youth Media Days (27 au 29 juin 2007, Brussels Belgique)

Dans les quartiers du centre de Bruxelles, on se sent européen au quotidien. Le plurilinguisme, la présence des drapeaux et des bâtiments qui symbolisent l’Europe (le Parlement, le Conseil et la Commission) ainsi que les panneaux « Ensemble depuis 1957 » rappellent l’importance d’un processus lançé il y a cinquante ans.


Une construction qui essaye de rassembler, tant bien que mal, une multiplicité de langues et de peuples sous un même drapeau (qui va bientôt disparaître)... Et sous un même objectif. C’est ce qu’un groupe de jeunes a tenté de faire dans la capitale européenne (bruxelloise) pendant trois jours. Du 27 au 29 juin derniers, 270 jeunes journalistes se sont réunis pour entériner la réflexion sur le paysage médiatique européen dans les cinquante années à venir.

« Communiquer l’idée européenne »

Cela fait quelques mois que l’idée fait son chemin dans la tête de Maximilian Kall et de Christoph Fahle, coordinateurs généraux des « European Youth Medias Days ». La manifestation prend forme dès novembre 2006, lorsqu’une équipe multinationale de 43 personnes se greffe au projet, et grâce au soutien financier du Parlement européen. Pour la faire connaître à travers l’Union, ils sont passés par leur propre réseau d’associations ; le « European Youth Press » qui est présent dans plusieurs pays de l’Union européenne (CF l’article L’Europe 50 ans après... naissance du European Youth Press). L’information fut également relayée, au niveau local, par ses représentants et des médias étudiants.

Pour se rendre à « Brussels » (tous frais compris), les jeunes européens devaient faire preuve d’investissement au sein d’un média et d’imagination puisqu’ils devaient envisager le paysage médiatique européen dans les cinquante années à venir. Parmi les 1 112 candidatures validées, seulement 270 furent retenues. Le nombre des places par pays était proportionnel aux nombres d’habitants. Lors des « European Youth Medias Days », les participants se sont appropriés les grandes instances européennes. Dans chacune d’entre elles, ils ont eu l’occasion de rencontrer quelques unes des figures emblématiques ; M. le président du Parlement (Hans-Gert Pöttering), les porte-parole des groupes représentés dans ce dernier, le chairman de la Commission et le directeur général de affaires étrangères du Conseil de l’Union Européenne, M. Cooper.

Une semaine après la validation du « traité simplifié » par les 27 Etats membres, le troisième étage du Parlement devint un centre de production intellectuel et médiatique. Le but était de les faire travailler dans des rédactions multinationales afin de développer l’esprit d’identité européenne, cela à travers la participation dans une rédaction européenne... Travailler ensemble pour atteindre un objectif commun. Les EYMD furent une sorte de mise en situation. Les participants ont été repartis dans des « workshops ». Les quatre principaux médias (l’Internet, la radio, la télévision et la presse écrite) furent divisés en une vingtaine d’ateliers. La cérémonie de clôture et la présentation des travaux se déroulèrent dans les murs de la mairie, située sur la Grande Place de. Ils sont consultables sur le blog des European Youth Media Days.

Couvrir l’actualité européenne : le parcours du combat

Comment faire passer le message européen sans laisser de côté son esprit critique ? Telle est la mission des correspondants à Bruxelles. Une tâche qui s’avère assez difficile d’après leurs témoignages. Les 270 participants ont eu l’opportunité de rencontrer certains d’entre eux lors d’une table de presse en présence de Jean Quatremer (pour Libération), Sergio Cantone (pour Euronews), Hajo Friedrich (pour Frankfurter Allgemeine Zeitung) ainsi que du président de l’association de presse internationale, Lorenzo Consoli, et de Jaume Duch Guillot (directeur des médias du Parlement européen). Ceux-ci ont pris la parole après l’intervention du président du Parlement. Dans son discours, M. Hans-Gert Pöttering rappela aux jeunes européens la chance qu’ils avaient de faire part de ce processus de construction européenne et leur rôle dans celui-ci. « L’Europe a besoin d’hommes politiques et de journalistes puisque le message européen doit être reçu par les gens. Nous avons besoin de vous ».

Parmi les trois correspondants présents, le français Jean Quatremer est le seul à couvrir l’actualité européenne sous la forme de blog. Un moyen que le journaliste qualifie d’intéressant puisqu’il change le rapport avec les lecteurs. « Il me permet d’avoir un retour et des interrogations qui me poussent à chercher une information que je ne serais pas allé chercher autrement. Cela change complètement le journalisme ». Le correspondant de Libération a donné son point de vue par rapport au traitement de l’information par les médias traditionnels. Pour ce qui est de la télévision, la chaîne TF1 ne dispose pas de correspondant à Bruxelles. Les deux autres chaînes publiques (France 2 et France 3) n’en ont qu’un ... L’actualité européenne est traitée dès Paris. La presse écrite subit le même sort, le correspondant est une espèce en voie de disparition.

Et ceux qui ont la chance de survivre dans la jungle bruxelloise se voient confrontés à de nouveaux obstacles. D’après J. Quatremer, le piège à Bruxelles est l’idée de « Grande famille ». « On vous donne l’impression de faire partie de la même famille... On nous invite à des dîners. On est reçus par des ambassadeurs, les ministres vous tapent dans le dos, les commissaires vous tutoient... On est tous copains, on va tous dans les mêmes restaurants, nos enfants vont dans les mêmes écoles, on fréquente les mêmes cercles... Et c’est ça le danger parce qu’ils attendent que vous transmettiez un message. Hors vous ne seriez jamais dans leurs camps. On fait partie d’un groupe de 40 000 personnes qui travaillent tout le temps ensemble, qui gagnent tous très bien leur vie -sauf les journalistes- donc vous avez l’impression de vivre dans un monde sans problème ». Il alerte les jeunes journalistes européens sur le danger bruxellois, celui d’oublier de faire son métier. « Le correspondant n’est pas à Bruxelles pour transmettre un message, il n’est pas un porte-parole ! Il est là pour révéler de l’information. Or toutes ses personnes n’attendent que cela de vous ! » De son côté, Lorenzo Consoli, président de l’association de presse internationale, encourage les journalistes à rester vigilant et à ne pas perdre leur esprit critique. Il a témoigné de sa relation avec les services de presse. « Aujourd’hui les agences nous demandent d’informer de plus en plus vite et d’une manière de plus en plus fragmentée. Dans la plupart des cas, elles limitent notre travail à des titres et des sous-titres. Il nous arrive de recevoir les communiqués sous cette forme... Ils espèrent qu’on fasse passer l’information telle qu’elle est présentée dans ces derniers ».

Eduquer pour mieux comprendre ?

Les sujets européens sont une préoccupation mineure pour les français... « La crise de l’esprit européen », pour reprendre le terme utilisé par le président de la république, peut être expliqué par une certaine méconnaissance ou un certain désintérêt à l’égard de l’Union. Lors de son intervention, Jean Quatremer souligne que dans un pays de 63 millions d’habitants, son blog n’atteint qu’une moyenne de 15 000 visites par jour. Certes, son point de vue est un peu réducteur. Ce n’est pas parce qu’on ne visite pas son blog qu’on n’est intéressé par l’Europe... L’offre sur le Web est assez large... Cependant, les questions européennes arrivent loin derrière l’information locale et nationale. « L’Europe occupe la dixième place dans les intérêts des français » pense Emmanuel Lemoine, membre de l’association Europa Productions (du bimensuel Europa).

Pourtant, la France n’est pas le seul pays à avoir ce problème. Il est également difficile de « vendre l’Europe » en Italie. Les Italiens s’intéressent d’avantage aux questions nationales. Le correspondant allemand du Frankfurter Allgemeine Zeitung parle du « Vaisseau spatial de Bruxelles », des décisions très importantes sont prises à l’intérieur mais elles ne sont pas toutes communiquées vers l’extérieur et/ou préoccupent peu... Pourra-on continuer à se sentir européen une fois que le drapeau et l’hymne européen disparaîtront ?

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