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La guerre du froid

L’hiver arrive, l’hiver est arrivé. Déjà, le froid est assez vif pour que la DDAS, la Direction départementale des affaires sociales (Etat) ait mis en place le « niveau 1 » du plan hivernal dans le département.


C’est toute l’année qu’il faudrait s’intéresser aux problèmes des personnes qui n’ont pas d’endroit pour dormir. Ils ne meurent pas seulement en hiver... Mais c’est en cette saison que leur précarité est plus visible. Regard sur la politique de lutte contre le froid en Ille-et-Vilaine, ainsi que sur une action forte de la Sauvegarde de l’enfance et de l’adulte (SEA), la Coordination accueil orientation (CAO).

Brrr, où vais-je dormir cette nuit ?

Concrètement, cela signifie que toutes les associations et structures qui jouent un rôle dans ce dispositif sont vigilantes et mobilisées pour orienter et accueillir le mieux possible ceux qui n’ont pas de domicile fixe et ne peuvent plus dormir à la belle étoile...Ils ont besoin de mieux se nourrir pour faire face au froid et ne peuvent plus se laver dans un point d’eau extérieur. Aux 99 places d’accueil disponibles dans le département pour les personnes en errance, s’ajoutent actuellement 36 places supplémentaires. Le « niveau 1 », c’est aussi le temps de l’information tout azimuts : vers les usagers potentiellement concernés et vers la population en général, pour que chacun ait le réflexe de faire le 115 quand ils voient quelqu’un couché dehors au péril de sa vie. Tout est en place depuis le 1er novembre et s’étoffera ou pas, selon la météo, jusqu’au au 31 mars. « Quand je parle de météo, je ne parle pas seulement de la température objective, précise Gaëlle Danton, conseillère technique à la DDAS, mais plutôt du ressenti. Certains facteurs, comme le vent par exemple, augmentent la sensation de froid. C’est de cela dont il faut tenir compte ». L’augmentation de la sensation de froid signalera les moments ou la préfète signalera qu’il est temps de passer au « niveau 2 » (-5°, -10° centigrade), puis au « niveau 3 » (ressenti négatif le jour, -10° la nuit). A chaque niveau correspond une augmentation de l’offre de places pour la nuit. C’est dire si Gaëlle Danton, qui consacre une partie de son temps au plan hivernal, surveille les relevés et prévisions météo qui lui parviennent tous les jours à 13 h. « Pour faire le point sur les difficultés et tenter d’adapter nos réponses aux besoins, nous faisons le point tous les 15 jours avec les plus importants acteurs du plan », poursuit Gaëlle Danton, Jusqu’à 17 heures, les CHRS (Centre d’hébergement et de réadaptation sociale) accueillent selon leurs disponibilités. Après 17 h, c’est le 115, géré par le Foyer Saint Benoît Labre qui, informé des capacités d’accueil de chaque structure, oriente les personnes qui cherchent une place pour la nuit.

Le profil des publics

La demande la plus important émane des hommes seuls de plus de 25 ans. L’année dernière, on a constaté une augmentation des demandes de femmes seules. Le nombre de places pour elles est donc plus important cette année. Quant aux familles avec enfants, ce n’est pas un besoin trop important et il semble rester stable. Ce sont les statistiques qui, en fin de saison, permettront d’affiner et d’analyser les publics et l’adéquation des réponses apportées. Mais, déjà, Gaëlle Danton estime qu‘il existe un manque pour une population spécifique : les personnes violentes, souvent alcoolisées et marginales, qui ont parfois des difficultés psychiques ne justifiant pas nécessairement une hospitalisation. Par ailleurs, contrairement à une idée reçue et conformément à une directive nationale, les lieux d’hébergement acceptent les chiens. Dans chaque structure, il y a quelques places pour eux, sinon les foyers tomberaient sous la législation sur les chenils.

Le « partenariat public/privé

Les partenaires sont nombreux dans ce travail pour maintenir les errants à flot : la Croix-Rouge qui gère le Samu social circule toute la nuit, les divers foyers qui mettent à leur disposition des lieux pour dormir, le restaurant Leperdit qui offre un lieu pour manger, Puzzle qui permet à chacun de se laver tous les jours et de faire des lessives, les Restos du cœur avec leurs nombreux services... Associations, services municipaux et CCAS, département et Etat collaborent activement sous la houlette de ce dernier pour le succès du plan hivernal 2005. C’est, pour certains, trop souvent une question de vie ou de mort...

Une association au service des errants

La SEA (Sauvegarde de l’enfant et de l’adulte) est une association qui agit sur un vaste terrain : des actions de protection de l’enfance, une prévention spécialisée auprès des jeunes dans le cadre de la politique de la ville, un accueil familial thérapeutique auprès de mineurs présentant d’importants troubles de comportement et enfin, la gestion d’un pôle précarité insertion au service des personnes sans domicile stable. C’est cette dernière activité qui est plus particulièrement consacrée à la mise en place et au fonctionnement de structures qui, tout en respectant les souhaits des errants, mènent une importante action d’insertion auprès d’eux.

Puzzle (« un lieu où se poser » qui reçoit 40 personnes par jour), l’action logement jeunes (17 logements pour jeunes sans domicile stable) et l’élection de domicile (« une adresse fixe pour recevoir son courrier » et qui reçoit effectivement du courrier pour une quarantaine de personnes chaque jour) sont à la fois des services et des prétextes pour permettre à l’équipe de la CAO (Coordination d’accueil et d’orientation) d’entrer en contact avec les errants pour les accompagner et leur proposer une aide pour résoudre leurs problèmes. C’est ainsi que Jean Rio, directeur du pôle précarité/insertion qui réunit ces structures explique la fonction première de la CAO : « coordonner, afin de rendre cohérentes les actions d’accueil des personnes de la rue et proposer dans tous les lieux d’accueil la présence d’éducateurs, plus éventuellement d’une infirmière, d’une conseillère en économie sociale et familiale pour permettre aux errants d’y rencontrer des gens qui, tout en les aidant à résoudre leurs problèmes spécifiques (un hébergement d’une nuit, un problème de santé, besoin de manger...), entameront avec eux un échange pouvant déborder sur l’amorce d’une démarche d’insertion. Concrètement, la CAO en relation avec d’autres équipes professionnelles de l’errance : l’hôpital, et son service social, les équipes de prévention de la SEA, les structures qui traitent les drogués, celles autour de la question du logement... A la CAO même, environ 25 personnes sont reçues tous les jours On y traite toutes les demandes des personnes de la rue, majeures et européennes (en fait personnes n’est jamais refusé à cause de son origine), qui ne relèvent pas du Foyer Guy Houist qui reçoit les demandeurs d’asile. « Une gare de triage » disent certains. « Non, réfute son directeur, c’est plutôt être au milieu du partenariat. Les errants mélangent les services, ils papillonnent de l’un à l’autres. Nous les accompagnons vers le bon service, dans la perspective déjà décrite ».

Ceux de la rue : quelques grands traits

La fréquentation assidue des personnes sans domicile stable a amené Jean Rio et ses collaborateurs à formuler un certain nombre d’observations sur cette population ainsi qu’à mettre en place une classification (« personnelle, donc discutable ») et opérationnelle, à partir des errants du centre ville. Jean Rio insiste sur l’importance de la population d’errants rennais, dans la mesure où la ville est attirante et qu’il y a beaucoup de passage. « Il y a très peu d’errants immobiles à Rennes. Par exemple, 70 % des 1100 personnes qui sont passées à Puzzle en 2004 ne sont venus que 5 fois, ce qui est très peu. Depuis quelques mois on voit une frange de gens marginalisés qui ne fréquentent pas les services sociaux. 20% des errants sont des femmes. 83% sont des personnes de moins de 35 ans ». Quelles femmes ? « Habituellement des jeunes femmes, qui passent d’un statut à un autre : aventurières, bonnes sœurs, amantes, mamans ou prostituées. Leur « vocation » part souvent d’un désir d’aider... Et elles ont de la ressource. Par ailleurs, il y a de plus en plus de femmes enceintes dans la rue.

Des gens très différents

Jean Rio poursuit l’exposé des observations sur la population de la rue. « Il y a tout d’abord les pré apprentis, les collégiens, lycéens ou étudiants qui, à un moment donné, sont en rupture de quelque chose. On les retrouve près de la gare, des métros. Ils testent l’odeur de la rue. On peut citer par exemple, l’errance des vacances. Viennent ensuite les apprentis, d’environs 18 à 25 ans, en rupture avec le milieu scolaire et les institutions. Ils entrent de plein pied dans la rue et essaient tout ce qu’on peut y trouver et qui est injectable. Puis, le plus grand nombre d’errants sont les mobiles. Ils ont fini leur apprentissage (cela se fait très vite), ils ont fait, pour certains, le choix de la rue et on retrouve dans ce groupe des gens qui circulent beaucoup, en petits groupes ou en couples et qui « font » l’Europe, souvent en camion. Ce sont fréquemment des personnes alcoolo-dépendantes ou accros aux drogues. Il y a parfois des personnalités attirantes, très organisées, débrouillardes, qui vivent de la manche, de trafics ou de travail au noir. Certains sont de grands originaux, hauts en couleur. Leur philosophie pourrait se résumer ainsi : « la société nous emm... ». Enfin, dernier groupe, celui des errants immobiles, des personnes plus âgées et qui ont mis en échec toute tentative d’aide ou de solution ». Fin de la rencontre qui a eu lieu dans les locaux de la CAO. Déjà,la maison transformée en bureaux, malgré la tempête de neige, est en activité. C’est l’heure des rendez-vous. Dans l’après-midi, moment d’accueil informel, débouleront sans doute ceux qui, avec ce regain de froid, se demandent où ils dormiront ce soir.

Bug pour Assorennes

Infos : CAO (SEA) 19 rue Legraverend 35000 Rennes.

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