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![]() Les ONG du Sud s’émancipentParlez du bien fondé de l’humanitaire et l’on vous rétorque grand blanc, visage buriné par les sables et les vents, le cheich autour du cou, qui va sauver le pauvre et fébrile africain... On vous répond ingérence, Médecins sans frontières, urgence, famine et riz en Somalie, et aujourd’hui, Arche de Zoé. Sauf que le monde de l’humanitaire est, vous l’aurez deviné, un peu plus complexe, et connaît actuellement une phase de mutation importante de son histoire. La présence des occidentaux dans les projets humanitaires, « les expats », qui a longtemps paru indispensable aux projets de développement, est largement questionnée à divers titres. Si la communauté expatriée est largement représentée dans la solidarité internationale au Sud, c’est pour les sous, les compétences et la crédibilité qu’ils sont supposés apporter aux projets. La réalité est là : aujourd’hui, encore, être financé par un gros bailleur de fonds est compromis si le gestionnaire du projet n’est pas européen ou américain. Le stéréotype de l’Africain corrompu a la vie dure. Au-delà de cela, les « expats » constituent une ressource importante dans le domaine de la solidarité internationale. Un projet de développement se pose en rupture quant à une situation existante. Pour penser les problématiques en cause avec une telle posture, le recul, la distance et l’absence de lien direct avec la population sont alors des atouts à ne pas négliger dans une équipe ; que ces « expats » viennent de France, du Pérou ou du Burundi. Mais pourquoi envoyer principalement des expatriés quand des gens, sur place, sont formés et font le boulot ? En connaissant le milieu culturel, en travaillant et donc en récupérant un salaire, ils augmentent le pouvoir d’achat de la population locale, avec toute la légitimité qui manque souvent aux équipes d’expatriés. De plus en plus, l’envoi d’expatriés sur des projets de développement est remis en cause. Dans le petit monde de la solidarité internationale, on travaille à la définition du partenariat entre ONG du Nord et du Sud. Toutes les structures ont des conceptions différentes du concept : d’un partenariat de court terme, pour la mise en œuvre d’un unique projet de développement, à un partenariat de long terme comme moyen pour amener les partenaires du Sud à l’autonomie. Cette dernière conception du partenariat devrait permettre de faciliter la transformation sociale de la société civile. C’est aussi ce que pourrait permettre la Déclaration de Paris, conçue en 2005 par différents acteurs du développement. Toujours très discutée, cette déclaration a pour objectif principal de rationaliser l’aide au développement. Aujourd’hui, de nombreuses ONG du Nord et du Sud de tailles, de moyens et de niveaux de professionnalisme différents, agissent sans véritable coordination dans les pays en développement. Doublons, incohérences, concurrence des projets, tout cela manque d’efficacité. La Déclaration de Paris centralise le tout en faisant de l’Etat du Sud l’acteur principal de son développement. Chaque projet d’ONG devra alors s’inscrire dans le programme d’Etat pour le développement, théoriquement défini en concertation avec la société civile locale et les institutions internationales. Ainsi, le pays qui reçoit l’aide devrait donner ses priorités de développement. L’idée est de responsabiliser le pays bénéficiaire de l’aide, de lui rendre sa capacité de décision. Le risque, bien sûr, est que les acteurs de la société civile, clé de la démocratie, soit laissés sur le carreau. Ils pourront aussi s’en sortir grandis par l’autonomie éventuellement acquise par rapport aux ONG du Nord. En effet, s’ils dépendront en grande partie des financements étatiques locaux, ils seront indépendants des ONG du Nord. Certains en sont heureux, considérant que cette autonomie est une reconnaissance méritée. D’autres craignent d’être coupés des financements, notamment européens, et du débat public international qu’impulsent les ONG du Nord. Si ces réformes n’entraînent pas la fin des « expats » du développement, elles amèneront certainement un changement du paysage professionnel avec une localisation du recrutement. On peut cependant comprendre les réticences de certains de ces travailleurs... Parmi eux, nombreux sont ceux qui choisissent de gagner à peine 500 euros par mois, envoyés à la bourlingue à l’autre bout du monde, pour aider une communauté avec laquelle ils n’ont souvent aucun lien et qu’ils quitteront deux ans plus tard... Il y a là une conception de l’engagement qui dépasse largement les frontières de son propre pays. Allez leur expliquer que le développement du Sénégal ne les regarde pas et qu’ils doivent rester bien sagement entre leurs quatre frontières... |