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... à l’usage des aventuriers de l’âme...

Pour certains, le Yoga est relégué comme un vulgaire reliquat du mouvement « Hippie », où encens et patchouli trônent en divinités animistes...Pour d’autres, il est ressenti comme un mouvement sectaire, géographiquement situé au pays du chocolat et dont les « gourous » roulent en limousine...


"YOGA" est un mot Sanskrit signifiant "union", l’union du physique et du mental... Le yoga travaille à la maîtrise du mental et agit sur les plans physique, physiologique et psychologique. Probablement né en Inde, au pied même de l’Himalaya, il semble cependant que son origine réelle se perde dans la nuit des temps. Transmis depuis des millénaires par la voie orale, il s’est adapté de façon significative dans les philosophies de différents peuples... En Inde, le yoga est considéré comme une science de " réalisation " de l’être humain car il se base sur une connaissance précise de certaines lois physiologiques, psychologiques et spirituelles. Démocratisé dans les années 60 par la « jet set » culturelle, il connaît alors une reconnaissance accrue des médias... En 1968, les Beatles, Donovan, les Beach Boys, Mia Farrow...se rendent à Mamallapuram et à Rishikesh, au nord de Pondicherry. Ils y rencontrent une figure emblématique en la personne du Maharishi mahesh Yogi, fondateur du « Mouvement mondial de Régénération Spirituelle »... La presse s’empare de l’affaire et la présence de ces stars de la pop music sont alors une des meilleures campagnes de communication dont pouvait rêver le Maharishi...Après, ce que l’on sait moins, c’est que certains « Fab Four » doutaient fort de la « spiritualité désintéressée » du Maharishi, jusqu’à composer la chanson « sexie sadie »...Dans les années 60, l’expression « Sexie Sadie » désignant une prostituée travestie.

Qu’est ce que "l’Ayurvéda" ? Est ce que les "Mantras" se mangent sans sel ? Peut on s’acheter une réincarnation à la place d’une conduite ? Pour y voir un peu plus clair, Assorennes a rencontré Mathieu, rédacteur en chef de la revue "Info yoga" et membre administrateur de Yogarennes...

Comment définir le yoga ?

Tenter de définir le mot "yoga" est déjà en soi une forme de yoga. Si vous demandez, autour de vous, ce que signifie ce mot, vous obtiendrez une variété surprenante de réponses. Ce mot évoque le plus souvent des gymnastiques allant de l’immobilisme absolu au « contorsionnisme » le plus déchaîné, demandant soit des trésors de patience, soit une exceptionnelle souplesse...et parfois les deux. Pour certains, le yoga suppose une discipline mentale où tout l’être doit être introverti, celui qui s’adonne à cette pratique vit replié sur lui-même, au sens figuré comme au sens propre, en contemplant son nombril avec vénération. Certains n’hésitent pas à parler de gnose, de métapsychologie, de pragmatisme spirituel, de thérapeutique psychophysiologique, de phénoménologie de l’âme, de doctrine de salut, d’alchimie, d’expérience cataclysmique ou océanique, de septième ciel, de psychologie des profondeurs, de gymnosophisme, voire de magie. On imagine quelques grottes des Himalaya et de terribles mortifications, ou pire, des sectes avec dépendance, uniformes et lessivages de cerveaux. Il s’agit, vous dira-t-on, d’unir en soi l’âtman au brahman, à moins que cela ne soit l’individuel au cosmique, "prakriti" à "purusha" ou encore le microcosme au macrocosme, ou plutôt le physique au causal et peut-être le grossier au subtil. On vous parlera de Untel qui s’est "tordu la colonne" ou de thaumaturges et autres faiseurs de miracles lévitant au-delà des contingences de ce monde ou se déplaçant exclusivement en Rolls. Le yoga est parfois considéré comme un vestige, un rituel ancestral dont la portée symbolique permet à quelques sociétés primitives de se situer par rapport au cosmos, ou offre une soupape de sécurité face à la rigidité pétrifiée d’un système social. Le yoga figure aussi, entre éléphants, maharajas, tigres et bayadères parmi les images des Indes fabuleuses "terres de contrastes"... même Tintin, les Beatles et Madonna l’ont pratiqué. Une cliente qui se plaignait de mille maux et à qui son médecin conseillait la pratique du yoga, répondit : "- Mais vous ne pensez tout de même pas, docteur, que je vais, à mon âge, changer de religion !" Dans l’annuaire téléphonique "yoga" figure entre "whisky" et "yaourt", dans le dépliant publicitaire des "Gymnases Club" il est coincé entre musculation et aéro jazz et défini comme l’une "des six techniques traditionnelles hindoues qui permettent d’atteindre l’unique réalité". Bien des gens sont toujours persuadés qu’il s’agit d’un sport féminin, d’un art martial, d’un phénomène de mode très chic en Californie ou dans les années soixante, ou encore d’un système philosophique permettant d’atteindre le secret du monde... Cet inventaire pourrait s’allonger indéfiniment, à croire que le mot "yoga" signifie tout, et n’importe quoi, et que plus nous en entendons parler en Occident, plus sa signification nous échappe. Bien sûr le yoga ne correspond à aucune des définitions évoquées ci-dessus. La bonne définition est celle qui nous libérera, les autres sont recouvertes de mystère et de merveilleux, ou inversement réduites à quelques clichés désolants et à des caricatures souvent comiques et parfois stupides ou irritantes que trop souvent la presse se complaît à propager. Sans doute certaines pratiques douteuses qui usurpent le nom de yoga sont-elles à l’origine de cette méconnaissance. Le mot " yoga " s’est forgé de multiples significations à travers des recherches échelonnées sur des milliers d’années. Ce mot a pris diverses acceptions et désigne plusieurs objets distincts, ce qui alimente en Occident bien des querelles de chapelles. La compréhension que l’on petit avoir du yoga, évolue au fur et à mesure de sa pratique. Notre définition du mot " yoga " va donc se transformer à mesure que nous changeons nous-mêmes. Nous sommes personnellement et intimement impliqués dans le processus même de la connaissance du yoga. Nous faisons partie intégrante de la perception et de l’expérience qu’est le yoga, aussi aucune définition objective ne peut-elle être satisfaisante. La définition du mot " yoga " ne peut donc être que mouvante, parce que sa pratique nous libère progressivement de toute étroitesse mentale, de nos superstitions, dogmes et croyances.

Quel est l’origine du Yoga ?

L’origine du Yoga se perd dans la nuit des temps. Il a été conçu en un autre temps, il y a très longtemps et en un autre lieu, l’Inde.

Comment le yoga est-il arrivé en Occident ?

Le yoga en arrivé récemment en Occident au milieu du 20 ème siècle. Il est devenu un phénomène de mode dans les années 70. Jamais une technique n’avait été sortie de son contexte pour connaître un tel succès planétaire. Aujourd’hui des millions de personnes pratiquent le yoga en Occident, particulièrement aux Etat-Unis d’Amérique, au Brésil et dans toute l’Europe. Le yoga semble répondre parfaitement à nos préoccupations et à nos problèmes d’Occidentaux.

Quelle est sa finalité ?

On a dit que le yoga était une spiritualité agissante ! Mais en réalité le yoga peut servir à tout. C’est un moyen efficace de se recentrer et de se retrouver. Certains commencent le yoga parce qu’il ont mal au dos, parce qu’ils se sentent dépressifs ou simplement fatigués. D’autres utilisent cette technique pour faire une recherche spirituelle ou encore pour devenir plus créatif. Le yoga devient vite un mode de vie, une manière efficace de résister à une société qui voudrait nous limiter à un rôle de consommateur.

Peut il être envisagé comme thérapie ?

Non ce serait trop limitatif de dire cela. Le yoga est beaucoup plus !

Existe-il plusieurs formes de yoga ?

Des milliers ! Posture, méditation, yoga-nidra, mandala, travail sur la respiration. Il y a de nombreuses écoles. Chacun peut trouver le yoga qui lui correspond !

L’affaire du turban

C’était une très vieille dame. Elle avait dû être très belle et conservait beaucoup de charme et un rire presque juvénile qui éclata lorsqu’elle sut que j’étais professeur de yoga.
- Excusez-moi ! Je ris d’un souvenir. Vous savez, il y a fort longtemps, lorsque j’étais jeune, un ami m’a amenée dans un cours de yoga à Paris. Il y avait plusieurs personnes en tailleur devant le professeur. Celui-ci, un Occidental, était assis sur un coussin, en complet-veston-cravate et portait un turban. L’ensemble était si cocasse que j’ai éclaté de rire et mon ami et moi avons du faire retraite devant les regards furieux des participants. Et vous voyez, j’en ris encore. Cela a été ma seule et courte expérience de yoga. Je me dis parfois qu’à cause de ce turban je suis, peut-être, passée à côté d’une chose importante.

L’enquête

Je ne sais qui était ce yogi enrubanné. Kerneïs qui avait ouvert, à cette époque, le premier cours de yoga à Paris ne portait pas, à ma connaissance, de turban. Il pouvait s’agir d’un membre de la Société Théosophique ! Le yoga s’est depuis énormément développé jusqu’à devenir un phénomène unique dans l’histoire de l’humanité. Jamais une technique n’a été sortie de son contexte pour connaître un tel succès planètaire. Le yoga forme un tout, une unité, traduction littérale du mot "yoga". Cette unité a été conçue en un autre temps, il y a quelques siècles ou plus et en un autre lieu, l’Inde. Le yoga ne nous est donc nullement destiné. Son but suprême est l’élimination du karma afin d’échapper au cycle sans fin des vies (samsara). Or, à priori, nous ne croyons ni au karma ni à la réincarnation. La théorie indienne du karma et du samsara est d’ailleurs si complexe qu’elle échappe à notre entendement occidental.

La question... A-t-on besoin de mettre un turban pour enseigner le yoga ?

Ou, plus explicitement, que devons nous prendre du yoga indien ? Doit-on tout prendre ou effectuer un tri sélectif ? Nous savons déjà que le turban n’est pas indispensable, mais à part quelques rajastanais et les Sikhs, les Indiens portent rarement de turban ! Voyons quelques autres éléments.

Les asana

Au début était la posture. Pour nous, trop souvent yoga = posture. Hors de la posture point de yoga ; à tel point que l’asana était souvent, jusqu’aux années 1980, synonyme de yoga.

Le végétarisme

Curieusement importé avec les asana, le végétarisme débarqua dans certains cours vers les année 70. Hors du végétarisme point de yoga. L’intolérance régnait, je me souviens encore d’un plat de choucroute servi, pendant des Assises de Yoga, avec des carottes à la place des saucisses ! Et puis sont arrivés les maîtres tibétains qui savaient si bien conjuguer spiritualité et un peu de viande, voir de vin. On peut tout à fait être ou devenir végétarien par principe politique, philosophique, économique, thérapeutique ou autres et pratiquer le yoga, mais ce n’est plus présenté comme une absolue nécessité. Comme disait Jacques Thiébault : "En yoga on peut tout faire mais pas n’importe quoi !"

La réincarnation

Je me souviens d’un professeur de yoga qui, me demandant si je croyais en la réincarnation, parut désappointé par mon scepticisme. Quelque temps plus tard, il me révéla que je ne pouvais croire en la réincarnation car j’en étais, sans doute, à ma première incarnation et me quitta visiblement soulagé. Un jour on demanda à Krishnamurti s’il croyait en la réincarnation. " Oui " répondit-il au grand étonnement de son auditoire, puis il ajouta : " Mais uniquement dans cette vie ! " Je pense donc que l’on peut laisser de côté, pour le moment, la réincarnation, nous verrons cela dans notre prochaine vie.

L’éléphant

L’éléphant, lui, n’a eu aucun succès en Occident. Il n’a pas été importé. Il reste pourtant un élément essentiel de la spiritualité indienne. Ganesh le fils de Shiva a une tête d’éléphant et il n’y a pas de temple digne de ce nom qui n’ait son éléphant. L’éléphant symbolise la conscience que l’on va apprivoiser "citta". La crise du logement aura, sans doute restreint la présence d’éléphants dans les salles de yoga. Pour ma part, j’ai remplacé l’éléphant par mon chat Léo. Il est tout aussi yogi et sympathique qu’un éléphant et mange un peu moins (encore que).

Le Maître spirituel

Il est l’essence même du yoga traditionnel indien et les rapports maître / disciples ont été l’objet de bien des études. Comme l’éléphant(notez que les maîtres spirituels dans la politique française de gauche sont appelés éléphants "les éléphants du PS"). Les maîtres spi n’ont pas vraiment été importés. Depuis quelque temps, nous les produisons nous-mêmes et suite à Arnaud Desjardins nous possédons de plus en plus d’éveillés qui deviennent maître spi, font des conférences, des livres, des articles et des stages. Je me garderai de porter un jugement dans ce domaine très subjectif, j’en apprécie certains et me méfie d’autres. Le maître spi est proche du koan zen dans la mesure où celui qui dit qu’il y est n’y est pas... et inversement. Cependant écrivant ces lignes dans le journal d’une fédération de professeurs de yoga, je voudrais juste alerter mes collègues. Si les maîtres spi commencent à éclore chez nous, que vont devenir les professeurs de yoga ? A quand la Fédération Inter-enseignement des Maîtres Spirituels ?

Le yoga-nidra

Nous avons mal accueilli la technique de yoga-nidra en Occident. Lorsque cette technique a été connue, nous l’avons jugée archaïque face aux techniques savantes des relaxations occidentales. Les enseignants de yoga ont parfois rajouté quelques minutes de relaxation à leur cours s’inspirant des techniques d’hypnose, de celles de Coué, du training autogène de Johannes Schultz, de la méthode de Roger Vittoz, de la relaxation progressive de Jacobson, de la sophrologie d’Alfonso Caycedo et de quelques autres. L’idée est en soi excellente, ces méthodes ont fait la preuve de leur efficacité, elles sont un antidote au stress, l’unique problème est que ces pratiques ont contribué à occulter les techniques de yoga-nidrâ qui n’ont rien à voir avec ces relaxations. Yoga-nidrâ n’est ni une thérapie, ni une relaxation (ou au sens juridique du terme " rekaxation " car il libère), ni un sommeil, c’est au contraire une technique d’éveil, une rencontre avec Soi et un travail de construction d’une vigilance qui nécessite d’observer tout son être avec la totalité de son énergie.

L’Ayurvéda

Etrange ! Nous entendons parler de plus en plus d’ayurvéda, alors que la médecine ayuvédique que désigne ce terme, reste mal connue. Les textes classiques n’ont, pour la plupart, jamais été publiés en Français. Jean Papin est en train de s’atteler à cette tâche surhumaine. De l’ayurvéda nous connaissons les bases et surtout les massages. Mais la médecine traditionnelle indienne est si complexe et si vaste que son importation en Occident semble impossible. Par contre il serait utile d’utiliser dans l’enseignement du yoga la très subtile caractérologie de l’ayurvéda qui permet d’individualiser la pratique des asana et du pranayama en fonction des tempéraments de chacun.

Les Mandalas

Arrivés tardivement chez nous, par la voie du bouddhisme tibétain, les mandalas appartiennent pleinement aux yoga indiens. Alice passait à travers les miroirs, le yogi indien traverse les mandalas et chemine vers l’absolu pour s’asseoir en son centre dans une profonde dignité extatique. Les mandalas sont des paroles enlacées, des cercles noués autour du vide, des dessins destin. Ils nous révèlent le chemin vers notre centre et nous permettent de nous réorienter dans le chaos de notre être pour atteindre l’harmonie. Ce sont des guides précieux sur le chemin du yoga.

Les Dieux indiens

Nous avons trop longtemps délaissé les Dieux indiens. Or les Dieux se révèlent être d’habiles moyens d’évoluer dans notre pratique de yoga à condition de les fréquenter intimement et surtout pas de manière universitaire. A la manière des mandalas, les Dieux indiens savent nous parler à mots couverts. Ils savent résonner avec une part cachée de nous-mêmes pour y déposer, à la vitesse de la lumière, des savoirs immémoriaux qui ne passent plus par l’intellect mais inondent directement notre conscience. Il ne faut d’ailleurs pas chercher les dieux indiens ailleurs que dans le corridor obscur de notre être.

L’humour

Les vrais yogis indiens ont un humour très particulier qui relègue Woody Allen au rang de comique troupier. Ce n’est pas pour rien que le mot spirituel a un double sens. En voici quelques exemples : il y a le rire de Ma Ananda Moyi (j’en possède un enregistrement), celui, plus connu, du Dalaï Lama qui a déstabilisé plus d’un journaliste. Il y a Ramana Maharshi à qui l’on demande : "Quel est le meilleur moment pour méditer ?" et qui répond : "Qu’est-ce qu’un moment ?" Aurobindo recevant Devdas, l’un des fils de Gandhi, en fumant un cigare. Le fils de Gandhi estomaqué "Pourquoi êtes-vous attaché au tabac ?" Aurobindo "Pourquoi êtes vous attaché au non-tabac ?" Méfions nous des yogis tristes ce sont souvent de tristes yogis. Peut-être que le monde occidental du yoga est parfois un peu triste ou se prend trop au sérieux. Il nous faut d’urgence importer l’humour yogi. L’humour zen, style "trouvez ce que vous n’avez pas perdu" n’est pas mal non plus !

Mathieu enseigne le yoga et dirige la revue Infos Yoga, il a écrit quatre livres dont "Itinéraire vers l’harmonie" (éditions l’Or du Temps), "Mandalas sacrés de l’Inde du Sud" (éditions Médicis), et "la Couleur des Dieux" (éditions Almora).

Contacts : infos-yoga@wanadoo.fr

Cours de yoga : yogarennes.org

http://www.infosyoga.info/

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